Toute pensée commence par un poème (Alain)

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André Doms est né en 1932 à Bruxelles, où il poursuit des études jusqu’à la licence en philologie romane et enseigne de 1954 à 1982. Résidant à Namur, en bord de Meuse, il a fait de nombreux voyages et des séjours réguliers en Europe. Poète, auteur de nombreux recueils, il a publié des essais et traduit des poètes d’Europe Centrale et des Balkans.

Entre-temps

peintures de Roger Bertemes

Format 14x19,5cm - 144 pages
Prix 17€ - ISBN 978-2918220-28-2

 

Tirage de tête numéroté avec une œuvre originale de Alain Dulac, 14x19,5cm, signé par le poète et le peintre :
70 euros.

 

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Les poèmes, en prose, d’« ENTRE - TEMPS » disent la vie dans un corps âgé. L’entre-temps, n’est-ce pas ce moment unique, garant d’intensité, la vie ?
Dans cet entre-temps, il faut exister, pleinement, sans concession :
« La nuit monte, sans qu’on y regarde. Pas ébloui ni pris de vertige, l’œil au liseré suit notre route : sangs, sueurs et hontes, courtes gloires, et si rares les amants qui larguent.
« Je m’acquitte : dettes du ventre et du cœur. Car la tête fait long feu, et mieux vaut le désordre de vivre, ces sentiers nés de mes pas que les carrés de Lenôtre.
« Je ne me trafique plus. Homme entre chien et loup, chaque jour moins sûr de plus de choses, peu à peu, je me quitte. Heureux, encore, d’avoir été. »
Au seuil de la vie, reste l’amour :
« Seul s’allège le cœur. Miroir où tu t’envisages. Naître et ne plus être échappent au passant. L’amour, cependant. »
André Doms, à 80 ans passés, ne s'encombre pas de la vieillesse : il vit.

 

Notes sur Entre-temps

Lucien Wasselin

lire la note complète sur Recours au poème

"Dans ce recueil de poèmes en prose, André Doms (il est né en 1932) décrit la vie alors que le grand âge l'a rattrapé. Mais nulle acceptation plus ou moins complaisante, nul retour vers le passé ; au contraire, à chaque poème éclate le goût de vivre pleinement tout en s'interrogeant. Le poète est au meilleur de son écriture : ce livre est très construit, 9 parties qui regroupent chacune 11 ou 9 poèmes et qui sont séparées par la reproduction de gouaches de Roger Bertemes (si l'on ne compte pas le poème liminaire et celui de la fin…). Les mots rares abondent (étymon, scapulaire, sphinge, asymptote, aphasie, arénicole, stolon, héliogabale, anophèle…). André Doms apporte la preuve non seulement qu'il écrit mais qu'il croque la vie à pleines dents : "Seul vaut le risque du cœur qui s'emballe, rugit, fibrille à la joie d'être plus que sa peur"....


Claude Versey

lire la note complète sur I.D n° 569
« Je sais, je descends ». Lucidité, dignité. En quatre mots, André Doms pose la situation, trop ordinaire il est vrai, d’homme et de poète vieillissants, mais à partir de laquelle il doit désormais œuvrer, « homme entre chien et loup : chaque jour moins sûr de plus de choses, peu à peu, je me quitte. Heureux, encore, d’avoir été... »

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Sérénade

peintures de Irène Philips

Format 14x19,5cm - 116 pages
Prix 16€ - ISBN 978-2918220-14-5

 

 

 

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Notes sur Sérénade

 

Claude Albarède, Diérèse, n°61

Comme à son habitude, André Doms trace dans ce recueil des sentiers imbattables : proses serrées comme cailloux, serpentines entre les pierres où germent l'herbe folle et l'épis à grains... même si la marche y est musicale, scandée par l'entrechat des contraires, le parcours s'y gagne à force de batailles, au son des syllabes rudes, des mots claqués :

"Traque sous ce cadastre d'étoiles. Venue d'où la première pluie ? Quelle fissure couve la ruine ? Rêves. Râles. À chaque éclat d'iris rétorque l'orbe de la nuit. Ecoute aux conques d'abîmes : qu'entends-tu de la légende ? Épures. Tu travailles autrement un long décor de temples, où le dieu s'en remet à qui l'éveille."

Car il y a combat dans la marche vitale, combat où l'on traque, où l'on s'accroche, crie, racle, affronte, taille et retaille, autant que fait l'écriture pour le poème écorché vif. Mais s'il y a combat, c'est qu'il y a amour : amour des hasards, ou du Très Haut, amour sacrificiel pour des oublis dévastateurs, amour brutal de la chair, mais aussi assaut du mystère où la chair brûle en dedans, mais aussi l'Ange voluptueux dont le bourgeon est un cosmos... Bien sûr qu'en filigrane on trouve dans ces poèmes les grandes ellipses des genèses, mais il y a toujours sur l'abîme l'homme debout, viril, léonardien, auquel le poète s'identifie ou se réfère :

"J'en reste à l'objet. Son ombre, pas le mirage. Ne plus gloser l'indicible, s'étourdir de cités célestes. À mesure, je m'acharne sur le bloc qui me parle, m'érige en figure congure. Lutte, non contre l'ange mais avec le rocher qui me lie. Route et déroute, voix intimes ou songeries sont de la chair. Tendu, l'instant s'élabore, ébauche qui se veut être, tel que je suis, encore."

Alors Doms arpente les temps mystiques, non pour chanter à gestes, mais pour ramasser le texte autour du passant des lisières, le poète, homme ordinaire et désespéré. Pourtant le dernier volet du recueil, intitulé "Éloge", encore empreint de brumes et d'amers, trouve le rythme alternatif du "poème à bout de source", à la fois étiage et torrent, où les mots cognent, et qui, pourtant, peu à peu, dans les sentiers du vivre, s'imprègnent de musique, et font germer la sérénade au-delà même de la nuit :

"Je n'aurai pas parlé plus obscur que requis par l'éloge de la nuit des choses pour meubler ses silences, scinder l'ombre et le corps. Surtout j'y traque la sève où puisent mes essences de mots. Nul œil divin ni sommeil ne m'en déprennent. Instinct d'aveugle, j'insiste en elle, elle m'émerveille à l'indivisible concert."

 

Philippe Leuckx, Francophonie vivante, n°3
André Doms, quatre-vingt-un ans sonnés, poursuit son abondante œuvre poétique. Le voici de nouveau publié en France, avec un titre qui sonne poésie, "Sérénade", mais qui recèle nombre d'aveux forts, une éthique à tous crins et quelques révélations tout de même, entre confession et déclarations poétiques. Une langue, haute en exigences et sonnat fort, à force de métaphores, et dans un tempo qui laisse peu de place aux scories, propose ses proses brèves, qui résonnent sous le tir des constats et des impératifs. Le je est impérial d'aisance et les vers prennent parfois le blason des stèles, qui tranchent, certes, avec la poésie courante, lénifiante et baveuse de bons sentiments à la louche :

"Ai-je vécu en retard ? Lent à parler, à aimer, même à recenser le voyage. Si j'ai fui mes chances, va savoir, ou failli à ma statue !"
Font partie intégrante de cette poésie de haut vol, superbement moraliste, les restrictions et négations. Le poète sait la "vaine illusion du metteur en scène" et connaît assez le sens de l'imparfait, comme temps, comme exprérience.
Serait-ce l'envers d'une sérénade ? L'envers de l'ange ?

Ce livre est celui d'un "vieux scribe" expert en ellispses et en légèretés.

 

Christophe Mahy, Diérèse

Les poètes sont souvent des musiciens qui s’ignorent. André Doms n’est pas de ceux-là, lui qui nous livre ici une partition originale pour quatre instruments déclinée en quatre mouvements poétiques. C’est peut-être l’heure des bilans et des regrets, teintée de l’irrépressible joie de vivre, qui sonne dans l’universelle rime où mûrit l’inouï ? En tout cas le vieux scribe que fascine encore le halo lunaire n’a pas dit son dernier mot. Dans la mesure où, en définitive, le dernier mot n’existe pas et n’existera sans doute jamais, autant s’en remettre au cadastre d’étoile et au verbe d’où soufflent ciels et sable et houles de voix. À croire que le poème est le seul cosmos où vivre. Car nous sommes ici en mémoire de glaise, ne l’oublions pas. On se franchit, sans esclandre. Ni papiers. Volontiers rebelle, André Doms raille les illusions humaines et leurs dieux bricolés de sperme et de foudre, comme pour mieux prendre conscience que parce que l’être est une parcelle d’illusoire durée, il est aussi sans fin ni césure, écrivant le contre-chant à tout ordre établi. Certes, notre finitude est un drame, mais c’est aussi une chance, car le dire d’aimer seul nous refonde. Ici et maintenant, en quelque sorte. Le poète ne craint pas la fin des temps, car le verbe signifie son exil du jardin d’ici, ce qui ne ferme pas la porte à un ailleurs possible dont nous ne savons rien. André Doms scelle cette sérénité quelque peu grinçante, mais confiante tout de même, de ce vers sans appel : En commune attente, nous suffit l’emploi de vivre, à temps plein. Au-delà même. Pour lui faire écho, les peintures d’Irène Philips déploient leurs arabesques et rythment le recueil comme autant de métaphores du temps dans le grand sablier du monde.

 

 

 


 


     
     

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