Toute pensée commence par un poème (Alain)

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Gérard Bayo, né à Bordeaux en 1936. Poète et essayiste, a publié une vingtaine de recueils de poèmes dont Chemins vers la terre (éd. Le Taillis Pré) et Murs de lumière (traduction de Rüdiger Fischer, éd. en Forêt), et des essais sur l’œuvre d’Arthur Rimbaud. Traduit en plusieurs langues européennes, il a lui-même traduit du roumain des poètes et du romancier Horia Badescu Le Vol de l’oie sauvage (éd. Gallimard).

 

Jours d'Excideuil
180 p, 15 euros.
Isbn : 978-2-918220-55-8
14x19,5cm

 

 

 

 

 

 

 

 

Excideuil
   

Note de Max Alhau sur Texture

Neige
suvi de
Vivante étoile
176 p, 14 euros.
Isbn : 978-2-918220-30-5
14x19,5cm

Prix Mallarmé 2016

 

 

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Pierre Dhainaut
"Cela fait une semaine que chaque soir je lis NEIGE suivi de Vivante étoile [...] : ta voix est toujours intense et elle s'adresse au plus intime, ce que tu dis ne concerne que notre drame, notre condition. Avec toi la poésie ne détourne jamais les yeux, elle les dessille, au contraire, et la parole qui est la sienne se déprend de nos petites subjectivités, elle fait face, entre le murmure et le cri."

Max Alhau
"Parmi tant de livres que l'on parcourt, il en est qui s'imposent par leur ton, par leur vision du monde, et Neige est de ceux-là."

Isabelle Lévesque
lire sur Poezibao

Lucien Wasselin

"Toute la démarche de Gérard Bayo est là, réduite à un noyau insécable : capter ce peu qu’est le rapport dialectique entre le réel et l’être. C’est qu’il est traversé par une sourde inquiétude face au réel ; tout ce livre peut se réduire à ce constat : « Ne restent/ que des mots,// sur la page », c’est du moins ce qu’il écrit au début d’un autre poème (p 28). Tout se passe comme si, la poésie ayant fait faillite à cause des mots réduits à une fiction, le poème n’était qu’une machine à capter ce qui reste de réel (se souvenir) dans la réalité."

lire la note complète sur Texture

Claude Versey
lire sur "Décharge" I.D. 610

Marie-Florence Ehret
(CCP, juillet 2016)

[...] des lieux : Charleville, Orianenburg, Bordeaux; près de l'étang couleur de cendre, les pommiers de Rimbach, une date parfois : samedi 10 mars...

Le monde existe dans les poèmes

Une planète
avec un arbre, un clocher sur l'arbre

Avec des peupliers, des œufs, des orties, des tilleuls, des paysages pleins de l'histoire personnelle et collective du poète, un monde hanté d'absence et d'absents, comme cette Rue Tourlaque signée d'une date comme un tombeau : 1943-1945. Cette rue

Sans avoir su... où rien n'a lieu. Ne
subsiste,


un monde pourtant donné au corps, offert à la joie du corps. Un monde concret qui se déploie dans l'absence et la présence, dans l'émerveillement et l'angoisse.

Et le poème
sans poésie, si simle pourtant, la parole
du sourd.
C'est bien ainsi
la vie aussi.


[...] Ce nouveau recueil a des airs de "somme" tant la tension est forte, entre les mots, du silence. Tant la présence est intense, de la vie, dans toutes ses manifestations, ses traces, sa précarité et son entêtement à être. Dans son dire.

 

Un printemps difficile
Anthologie poétique

peintures de Marie Alloy
234 p, 18 euros.
Isbn : 978-2-918220-18-3
14x19,5cm

 

 

 

 

 

 


bayo

Notes sur Un printemps difficile

Jean-Luc Maxence
(le Nouvel Athanor)
"Avec le soutien du CNL", ce copieux recueil démontre l'aisance de Gérard Bayo, toujours intelligent dans sa manière d'appréhender l'écriture (Partout dans le monde nous faisons/ semblant d'oublier/ nos poèmes plus vivants/ que jamais, page 13). Bayo dit le Mystère majuscule du monde. Il sait que la fontaine aussi a soif et "jamais ne se tait" (p. 171). Ses textes sont toujours composés pour être perçus par tous. Il ne fait jamais de l'hermétisme un sphinx sans secret! Sa connaissance d'Arthur Rimbaud — il en est un des spécialistes — lui évite banalité et redondances. Sans doute faut-il rester attentif à son art plus que jamais. "On dirait que dans l'arbre jamais la branche n'a manqué." En effet.

 

Claude Albarède

Pour ce printemps 2014 qui très vite a gagné sur l’hiver, Gérard Bayo publie aux belles éditions de L’herbe qui tremble une anthologie poétique reprenant ses poèmes depuis 1975 jusqu’à nos jours sous le titre de « Un printemps difficile », qui fut déjà le titre de son recueil paru en 1975 aux éditions Guy Chambelland, et qui reçut le prix Antonin Artaud 1976. C’est dire si cet ensemble est fondamental dans l’œuvre du poète.
Fondamental parce qu’il brasse le fond de la conscience des hommes, soulevant à mesure du déroulement créatif les profonds échos des tragédies, non que l’idée prenne le pas sur le texte, mais le poète maîtrise son écriture pour, au vif des mots, sculpter l’émotion dans le sensible du lecteur :
« ta mort serait : un dôme de plus
de silence dans la vallée.

Un jour nouveau : en toi la blessure

la plus profonde
et la plus chère.

Ta mort où seule conduit la vie »

Il faut en effet mettre en relief l’efficacité de l’écriture, surtout quand il s’agit d’une anthologie, c’est-à-dire d’un ensemble qui donne à voir le sens total d’une œuvre. Bayo, tel son maître Paul Celan, travaille au tranchet. Sa langue écarte les fioritures et met en lumière les coupants du verbe, non seulement par sa prosodie aux arêtes vives, mais aussi par la densité cruciale du langage qui, tels les engrenages des granits, renvoie la lumière en l’absorbant. Ses retours d’éclats, comme des coups de rein, donnent vigueur au poème :
« Les nuages au matin ; au fond

du ciel à des milliards de kilomètres
jusqu’
ici vient du beau temps

de l’accès jusqu’au seuil
salut l’ami !

de ce matin tranquille, l’enfance

à l’envers s’entrouvre
comme à l’endroit. »

Forces et contrastes, nous les retrouvons dans les aquarelles de Marie Alloy qui accompagnent ces textes, et nous voyons comment les rapports subtils des lignes et des masses, graphismes et couleurs, sont en correspondance avec l’essence des poèmes.
Car au-delà du fondamental, Gérard Bayo exprime l’essentiel. Le fondamental crée racines, l’essentiel émane et féconde. Combien ces deux éléments sont complémentaires pour parachever le printemps ! Un printemps, certes difficile, comme sont difficiles les rapports humains et la contradictoire possession de soi-même à travers les échappées douloureuses. Et plus difficile encore pour le poète la saisie exigeante de son art. C’est à ce prix que Gérard Bayo réussit une poésie sans concession, où l’humanisme sculpte son empreinte comme celle du passant sans frontières.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


La langue des signes
Anthologie poétique

photographies de Manuela Böhme
86 p, 14 euros.
Isbn : 978-2-918220-16-9
14x19,5cm

 

 

 

 

 


Bayo

Pour en savoir plus sur la photographe Manuela Böhme

J’ai soif, si soif !

Les façades restent dans l’ombre.
à peine
si le ciel s’éclaire.

Un beau matin notre absence
égalera la tienne.

Dans les flaques parfois l’image
se forme : rien
n’apparaît.

On dirait ce matin que tout est vrai : avec ça
vivre. Image
de la pluie qui vient du ciel.

Dont ils rêvaient.

Notes sur La langue des signes

Claude Albarède, Diérèse n°61

Le poète Gérard Bayo donne dans ses poèmes l'initiative au lecteur. Autant de silences que de mots, et c'est le lecteur qui comble les silences, pas avec des mots creux, non, mais avec la matière émotive, sensible et spirituelle qu'insuffle l'écrit du texte. On retrouve là la ferme inventivité de Paul Celan dont les mots cherchent la terre à creuser dans le cœur des hommes :

"Au-dedans du châtaignier
qui n'existe pas

par-dessus
..........la nourriture des morts,
non pas commence,

non pas
existe,

le monde.

(d'après Paul Celan)

Cette terre que Gérard Bayo va arpenter partout, non pour décrire ni pour achever, mais pour apprendre, saisir l'immense, accepter le vide, surprendre le vivant. Car il est inutile d'ajouter la mort, nous dit l'auteur, la vie suffit à s'ajouter. Une porte qui s'ouvre s'ajoute au souffle qui l'a ouverte. C'est pourquoi les mots du poète sont à la fois retenus et irradiants, pour compresser cette force de vie et, en même temps, la rendre infaillible quand elle se libère et ne ment pas :

"Tintamarre du vent
sur le toit
et dans les murs, la nuit durant

la nuit sans fin

Au matin le givre
a fleuri
un rameau sur deux du verger oublié.

Avant l'aube le ciel emplit d'oiseaux
silencieux : leur tour d'honneur dans l'arène du rivage,
sous le ciel noir

Seule la vie
nous surprendra sans fin. La mort
viendra trop tard."

Il faut accueillir ce texte comme une éternité de paroles, car ce qui avive chaque mot c'est, non seulement la clarté du poème, mais aussi cette épreuve de vérité qui, comme les lectures du passant, serre au plus près la réalité dans le rêve.

 

Horia Badescu, Europe

C’est sur une question grave que s’ouvre ce nouveau recueil de Gérard Bayo, une question qui, à moi aussi, s’est imposée : « Qui nous donnera/ un matin ? » Qui pourrait en vérité faire l’économie d’un matin ou d’un jour, premier, de recommencement, qui lui serait donné ? Ils sont rares ceux qui ont la générosité de vouloir l’apporter à autrui. Gérard Bayo est à  l’évidence l’un d’eux. Jamais indifférent aux dérapages de l’humanité dont le XXe siècle fut prodigue, toujours « attentif aux plus proches » (à l’instar de sa mère sourde-muette autrefois attentive au plus simple), oui, profondément attentif à ses semblables qui souvent ont besoin qu’on réveille leur mémoire et qu’on les incite, à travers tant d’existences tragiques laissant leurs empreintes sur les choses et les lieux, à redécouvrir leur humanité égarée. Ces choses et ces lieux témoignent. Ils nous montrent « le chemin qui conduit à l’autre » et sont aptes à nous faire ressentir ce que l’être humain a subi, vécu, espéré, pleuré.
Le parcours d’une telle quête d’un matin qui pourrait être donné est condamné à emprunter les chemins « maudits » de notre continent, lieux de désarrois et de terribles souffrances. Mais ils sont aussi, ces chemins, ceux du triomphe de cette flamme cachée dans l’âme humaine qui s’oppose à la bestialité. Gérard Bayo nous apprend le langage des signes qui parle de cette bataille et de cette victoire, de ce paradoxe des extrêmes.
Ces batailles et ces victoires, ces défaites qui sont victoires secrètes, elles sont aussi celles du quotidien de chacun d’entre nous. D’elles aussi, le poète nous parle. En nous parlant la langue des signes qui, au-delà des mots, nous emportent et nous appellent, il retrace un parcours de l’être à travers une géographie intérieure que nous reconnaissons, qui est devenue nôtre.
Il y a chez Bayo une soif inassouvie d’humanité. Et de vie, « ma sœur la vie » selon le mot de Pasternak, qui triomphe toujours de la mort et qui seule « nous surprendra sans fin ».

Dans sa grandeur et sa simplicité, elle est celle « qui ne te laisse/ plus une minute de répit », qui « sans repos t’appelle ». Pour découvrir « un ciel presque humain… un appel signé » ou « l’image de la pluie qui vient du ciel », pour écouter le « tintamarre du vent sur le toit » ou « le chant/ d’un oiseau dans l’arbre sans feuille ». Autant de points d’appui et de repères devant le fait que « la route avec toi s’en va », que « le cercle se referme », que la mort n’est que l’apparence extérieure de la vie.
Et sachant, nous, que seuls sur ce chemin nous restent les mots et ce qui les relie : « jusqu’au/ dernier moment, nous restent/ les synapses des mots ». Les mots et les signes qu’ils se font, pour pouvoir les lire, pour pouvoir parler la langue des signes et de la poésie… afin de pouvoir, enfin et surtout, parler de choses simples et essentielles, au cœur du silence mystérieux qui règne sur le poème, au cœur de cette paix majestueuse qui accueille dans l’âme la lumière profonde où même la mort se consume : « Et si la lumière avait à voir avec la mort ­ et celle-ci avec/ le visage de l’amour. Les choses qui nous entourent, comme elles savent/ naître et mourir et font semblant. » Anthologique ce poème auquel répond en écho « Ma sœur la vie » : « Lumière/ à moi de me tenir/ devant toi à présent ».
La langue des signes est un des meilleurs recueils de Gérard Bayo. Plus que jamais, son discours est clair, vibrant, attachant. Ses poèmes sont simples, profonds, chargés d’émotion. Nous nous trouvons devant un livre qui nous aide à vivre et nous rend heureux de pouvoir y parvenir.

 

Gérard Bayo a publié

Poèmes
2011. La Gare de Voncq, éd. L’Arbre à paroles
2010. Murs de lumière, traduction de Rüdiger Fischer, Verlag im Wald (prix Virgile)
2010. Chemins vers la terre, éd. Le Taillis Pré, Châtelineau, Belgique
2009. Pas Encore, traduction de Rüdiger Fischer, Verlag im Wald
2006. Ressac de lumière, Version allemande de Rüdiger Fischer, éd. Verlag im Wald
2006. Km 340, Atelier La Feugraie
2004. Instant donné, Version allemande de Rüdiger Fischer, Verlag im Wald
2003. Pierre du seuil, L’Arbre à paroles, Amay, Belgique
2001. Dans la Baie du Silence, traduction en allemand de Rüdiger Fischer, éd. Verlag im Wald
1997. Tu nous gardes en mémoire, préface de Jean Joubert, éd. Librairie Bleue
1995. Omphalos, éd. L’Arbre à paroles, et 1997 Verlag im Wald, Rimbach, Allemagne
1994. Le Mot qui manque, éd. L’Arbre à paroles
1991. Poeme, Ed. Dacia Cluj-Napoca, Roumanie (prix international Lucian Blaga)
1989. Vies, éd. Sud
1985. Didascalies II, éd. Le Verbe et l’empreinte
1984. Déjà l’aube d’un été, éd. Saint-Germain-des-prés
1980. Au Sommet de la nuit, éd. Saint-Germain-des-prés
1977. Didascalies, éd. Le Verbe et l’empreinte
1975. Un Printemps difficile, préface de Jean Malrieu, éd. Chambelland (prix Antonin Artaud 1976)

essais
2007. L’Autre Rimbaud, Verlag im Wald
1995. La révolte d’Arthur Rimbaud, éd. Librairie Bleue, Troyes

Traductions en français de plusieurs poètes roumains et du roman de Horia Badescu, Le Vol de l’oie sauvage, Gallimard, 1989

 


 

 


 


     
     

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