Toute pensée commence par un poème (Alain)

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Max Alhau est né en 1936 à Paris. Poète, il a publié une vingtaine de livres, parmi lesquels?: à la nuit montante (Voix d’encre, 2002), Proximité des lointains (L’Arbre à paroles, 2006, Prix Charles Vildrac de la S.G.D.L.), D’asile en exil (Voix d’encre, 2007, Prix Georges Perros), Du bleu dans la mémoire (Voix d’encre, 2010), Aperçus – Lieux - Traces (éditions Henry, 2012). Il est aussi nouvelliste et traducteur de l’espagnol. Membre de l’Académie Mallarmé.

Si loin qu'on aille
photographies de Elena Peinado Nevado
128 pages, 16€
ISBN 9782918220343
format 14x19,5cm

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«Si loin qu’on aille» est écrit comme journal de marche. C’est le voyageur, le marcheur des causses, des montagnes, des bords de lac, des prairies, qui parle. Le regard qu’il pose sur les paysages se traduit en mots, chargés d’émotions, chaque pierre, chaque brume est un mystère qu’il ne résout pas, mais qu’il traduit par un questionnement sans cesse renouvelé sur la condition de l’homme.

Max Alhau s’adresse au quotidien des hommes, il marche, à chaque jour une marche, à chaque marche il parle aux hommes, à leur monde intérieur, il peut être gris de cendres, transparent, le poète, ne se contente pas de la seule beauté des paysages, il porte une attention particulière à ce qui est sur les bords de notre existence.
 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le Temps au crible

peintures de Bang Hai JA
136 p, 16 euros.
Isbn : 978-2-918220-21-3
14x19,5cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

temps
 

 


 


Le temps au crible a reçu le Prix Aliénor 2014.

 

Fie-toi aux mirages
qui t’indiquent la route,
romps le pain avec le vent.

Ce temps se situe toujours
à l’écart des horloges,
dans ces territoires
auxquels l’oubli
ne porte pas atteinte.

Fais face aux précipices,
aux torrents, aux tourmentes,
tu rejoindras ce pays
où s’absentent les ombres,
où s’enracinent les éclairs.

   

Michel Baglin, Texture

Dans ces poèmes,les fidélités à la Terre se disent à travers quelques notations relevées au bord du chemin et l’on pourrait s’attendre à une sorte de célébration de l’adhésion au monde. Et même si « c’est toujours ailleurs que nous portons nos regards », car cela pourrait justement dire un appétit, impulser un élan…
Mais dans la solitude altière de la marche, Max Alhau rencontre surtout la distance. C’est que « la marche n’épuise que le possible » et c’est d’autre chose dont on est en quête. Peut-être de ce temps « à l’écart des horloges » dont il est question dans le poème liminaire, et que tout le recueil traverse plus encore que les alpages. Le temps, la perte, la distance qui font sa propre présence « si diaphane » quand tout nous renvoie à la fuite et n’a de cesse de « marquer au fer rouge une vie qui s’amenuise ».

« On avance jusqu’au bout de l’inachevé,
On se déprend de sa marche
Pour continuer le voyage
Ou s’approcher de soi
Mais sans jamais s’atteindre »

Est-ce donc « absent de soi-même » qu’on traverse le décor ? Pas sûr. Car on reste toujours dans l’approche de quelque chose qui se dérobe certes, mais demeure comme en filigrane. « Tes yeux restent à jamais / fixés sur une source » s’avoue l’auteur, qui note encore : « On sait bien qu’on ne quitte jamais / ce havre premier où tout s’est joué ».
Mais quelle réalité prend ici sa source ? Moins l’enfance, sans doute, que des images vivaces, définitivement ancrées, qui surgissent au détour du chemin, et vous comblent un moment. Alors, « on se sépare de ses doutes pour faire cause commune avec un paysage retrouvé au fond d’une vallée. » Et l’on croit le temps d’un éclair (mot récurrent) tenir un peu de ses racines (autre mot très fréquent) que cristallise un souvenir heureux.
« Peu s’en faut que ces marches réitérées ne se muent en pèlerinages. (…) On est en quête de reconnaissance des lieux familiers. Mais dans le cours de la marche, quand bifurque le sentier, on ne reconnaît plus rien : une impression de nouveauté s’impose à l’œil stupéfait. »
L’espace de l’illusion, à quoi avons-nous donc donné congé ? Au temps bien sûr, et à sa gomme terrible. « Vallée trouant l’espoir, signe définitif d’une adhésion au monde, à une terre qui s’accorde à nos rêves, à nos chimères et que l’on ne cessa pas d’habiter, quelque soit l’éloignement auquel les jours vous condamnent alors que défaillent les pas. »
Ces images, telle la madeleine proustienne, sont comme un mirage surgi d’un coup : « on brise ses propres racines, on dissipe l’ombre qui fait cercle autour de soi ». L’éphémère et l’éternité se confondent alors, l’illusion et les certitudes, l’allégresse affleure (« Si tu célèbres ce monde, que ce soit avec des paroles légères », se propose même l’auteur).
C’est donc la mémoire qui nous sauve et nourrit la marche. La quête est toujours ouverte. Même perdu et dérouté parfois, « on poursuit et l’on comprend que rien n’a été épuisé de ce que l’on tenait en réserve dans l’atelier des souvenirs ».
« Nous ne reconnaissons que des signes illisibles », mais ils nous incitent à poursuivre, car les images fondatrices qui nous habitent n’ont pas épuisé leur énergie ni livré tous leurs secrets. Et elles nous font vivants. Et l’on songe à Camus qui écrivait dans sa préface à « L’envers et l’endroit »  : « Une œuvre d’homme n’est rien d’autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l’art les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le cœur, une première fois, s’est ouvert. »

   

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