Toute pensée commence par un poème (Alain)

Pierre Garnier 1928 - 2014

Pierre Garnier est mort le 1er février 2014 peu après ses 86 ans.

 

 

Pierre Garnier lit des extraits de son recueil "depuis qu'il n'y a plus de papillons sur terre il n'y a plus d'anges musiciens dans le ciel"

 

nanos poèmes de Pierre Garnier extraits du recueil à paraître
Le sable doux (un cahier d'écolier),
Poèmes visuels aux longs prolongements

 

Garnier 1
garnier 2

Pierre Dhainaut

Dunkerque, ce 4 février 2014

Mon cher Thierry,

l'autre soir, au téléphone, tu venais d'apprendre la nouvelle de la mort de Pierre, tu me l'annonçais, c'était comme si les mots nous étaient retirés.

Tu me disais ton étonnement : Pierre, quelques jours à peine auparavant, t'avait envoyé de nouveaux poèmes destinés à prendre place dans le livre qui ferait suite aux (louanges), que tu as éditées l'an passé. Ainsi, jusqu'à la fin, il a écrit ou pour mieux dire il a obéi à sa vocation de toujours, la poésie. Et cela me rassure : si dans le grand âge, à l'approche de la mort, la poésie nous déserte, n'est-ce pas reconnaître que nous nous sommes livrés à une activité vaine? Il est bon de savoir que Pierre est resté aimanté.

Comment ne pas être triste ? Nous voici amputé d'une présence que les rencontres et les lectures, d'année en année (pour moi plus de quarante), n'ont cessé de renouveler. Avons-nous le droit pourtant d'accepter que le deuil l'emporte ? Pierre lui-même nous l'interdit, l'auteur d'une mort toujours enceinte. Il a parlé aussi, en citant Mozart, de "notre amie la mort". Ce titre, cette expression, si malgré la peine nous ne les rappelions pas aujourd'hui, nous serions fidèles à la croyance – qui de Perpetuum mobile aux (louanges) a animé ses poèmes.

La rivière qu'il a célébrée, si elle s'écoule, va rejoindre la mer qui est aussi la source. Qu'ils soient spatialistes ou non, les poèmes de Pierre ne sont jamais linéaires, ils inventent un présent "perpétuellement mobile" en effet, qui confond toutes les époques : rien ne s'achève, tout recommence. Comme les oiseaux qu'il aimait tant, les poèmes au cœur de la nuit chantent la lumière avant qu'elle ne revienne. Ce n'est qu'en apparence que le temps est linéaire, il s'ouvre à l'éternité : loin de nous réduire, il réveille en nous l'enfant qui ne peut vieillir, le puer aeternus des fables. Avec les poèmes de Pierre, ce ne sont plus des fables. Tous sont des "louanges". Pierre se désespérait seulement de constater les ravages qui dénaturent la terre, parce que la terre n'est pas différente du paradis. Nous n'en avons pas été chassé définitivement.

Ce 4 février, c'est le jour de l'enterrement de Pierre, tu y assistes, mon cher Thierry, et tu te souviens de ces vers, je ne sais plus dans lequel de ses livres, "les cimetières sont des ponts", "les tombes sont des barques"... Au terme, il n'y a pas de terme : sans doute est-ce là ce que la poésie humblement nous confie de plus mystérieux, de plus vif.

Pierre Dhainaut est poète. Vit à Dunkerque. Une anthologie rappelle quel fut, de 1961 à 1991, son parcours, Dans la lumière inachevée (Mercure de France). En 2011, le Prix de Littérature Francophone Jean Arp a été accordé à Plus loin dans l’inachevé (Arfuyen) ainsi que le Grand Prix de poésie de la Société des Gens de Lettres pour l’ensemble de son oeuvre.. L’herbe qui tremble a publié La parole qui vient en nos paroles et L'autre nom du vent (fin mars)

 

Jean-Louis Rambour

Le sourire de l’URSS

Youri Gagarine aurait bientôt 80 ans.
Le 9 mars prochain. Par rapport à Pierre Garnier il serait encore jeune,
même mort depuis longtemps. Poète, il l’était aussi.
De ces poètes qui n'ont jamais écrit un seul vers.
Swedenborg par exemple. Pascal, sainte Thérèse, Lénine.
Et Jésus. Et Chostakovitch. Et Manessier. Pas un seul vers et tout dit.
Sur le portrait que le photographe soviétique Gueorgui Petroussov
fit de Gagarine en 1962, là où on le voit avec ce bonnet de cuir
qu’on connaissait autrefois aux aviateurs, le héros a le sourire de la Joconde –
cela se sait peu mais c’est la vérité. Le premier homme à s’être exilé de Terre,
à perdre le poids de son corps, à dépasser l’horizon,
avait le sourire de la Joconde. C’est-à-dire beaucoup de bonheur
et un peu de peur. Huit ans plus tard on devait marcher sur la Lune
mais ce ne serait que dérisoire anecdote.
Feuilletant les pages d’une revue consacrée à Ilse
Pierre Garnier dit sa joie en découvrant la photo de Gagarine
sous une définition du spatialisme. « Merci, merci pour ce sourire ».
Sur la lune un cratère s’appelle Youri Gagarine. Un astéroïde aussi.
Du même nom il faudrait désigner une étoile, un soleil.
On a débaptisé Leningrad, Stalingrad
mais pas Gagarine au sud de Smolensk.
Le poème spatial comme Youri Gagarine est un être sans pesanteur,
comme lui un être de lumière dans les espaces qu’il pénètre.
L’URSS et même le communisme eurent un instant cette lumière
au point d’aveugler et d’écorcher les bouts de doigts des aveugles.
« Couvrons la patrie de forêts ! » disait l’oratorio de Chostakovitch
et Gagarine dans son Vostok fredonna sans doute l’allegro des pionniers,
innocemment, comme un enfant qui nage nu, une abeille consciencieuse,
un pur produit de la fabrique des hommes nouveaux, trop pur
pour vivre longtemps au milieu des Brejnev aux semelles de plomb.
Ce nom Youri Gagarine avait des syllabes légères et répétait
le i de la vie, clair, lumineux, la lumière même.

Jean-Louis Rambour, poète, a publié de nombreux recueils dont L'Hécatombe des ormes (Jacques Brémond), Le seizième Arcane (Corps Puce, préface de Pierre Garnier), des études sur Pierre Garnier dont Pierre Garnier, la conquête de l’espace (Le grand Nord).

 

Philippe Leleux

Pierre était pour moi, son élève, un grand chef indien, il traversait la cité scolaire comme Géronimo chevauchait la plaine, un professeur bison ou cheval, la crinière au vent. Il me parlait allemand pendant ses cours mais je ne l’écoutais pas, au mieux je regardais les poussières de craie, effacées du tableau noir, se transformer dans la lumière en tempêtes de soleil : c’était la fin du cours. Libraire, je découvrais cette pluie de soleil dans ses poèmes plus de 10 ans après. Des soleils il faut en inventer dans notre pays picard et Pierre savait les dénicher, et pas seulement dans les falaises de craie.
Tout petit il a trouvé le soleil dans la langue de sa maman du quartier Saint-leu, avec un parlache « qui croque conme del douchette » porté haut et fort par le rouge Lafleur et les cabotans. Le rideau du théâtre de marionnettes était un soleil levant dans les yeux des enfants. Et les tournesols, astres géants au-dessus des nazus éclairaient les nuits de Saint-Germain coucou. Mais les bombes tombèrent sur Amiens et les tracts distribués dans le quartier Saint-Roch furent aussi des soleils brûlants au bout des doitgs. Puis fleurirent les soleils rouges des drapeaux qui claquaient sur les ruines, les rayons d’Aragon et d’Elsa - on regardait vers l’est la lumière fraternelle. Mais lorsque l’on a rêvé avec Lafleur, on finit par donner des coups de pieds dans le ventre de l’autorité et du mensonge, d’où qu’ils viennent.
Il y a quelques années je retrouvais l’indien picard pour construire un livre avec les mots extraits de sa mémoire et de la terre picarde. Les mots sont matière et le chaman de Saisseval connaît les formules spatiales pour parler aux arbres et aux oiseaux. « Le monde n’a pas besoin de l’homme pour être intelligent » et le poème nous initie aux langages des arbres et du vent.
Il transforme en stèles les fragiles beautés qui disparaissent sous nos yeux comme la caille des blés, l’alouette, l’abeille.
Enfant dans le quartier Saint-Roch, un saint toujours représenté avec son chien, Pierre s’entourait d’animaux. Maintenant à Saisseval on parle aux oiseaux. Je me souviens d’une petite poule rousse qui suivait Pierre comme un chien son maître, je crois qu’elle s’appelait Nénette. Nous avons bien ri avec Bertrand Créac’h de cette fidélité. Aujourd’hui, le souvenir de cette tchotte glène me bouleverse. Ce n’était pas de la fidélité, c’était de l’amour et c’est moi qui suis peut-être un peu jaloux. Les livres sont des soleils, nous en fîmes ensemble avec les joies de l’ouvrier, du paysan.
Je sortais toujours du presbytère de Saisseval avec des livres soleils sous le bras. Les curés aussi quittent nos plaines et les presbytères, mais ils sont trop rarement remplacés par des poètes.
Ici, nous sommes tous des paysans et inlassablement Pierre a creusé le ciel gris de neige et la terre blanche de craie pour en extraire des étoiles et des mots. Avec l’aide d’Ivar Ch’vavar, Pierre lanca en orbite la langue picarde, spatiale elle retombe poussière de mots en Allemagne, au Japon… Elle devient universelle. Des mots picards, il y en a plein la terre et l’horizon est infini. “Ici en Picardie, écrit Pierre, ce sont des lignes de géométrie douce, légèrement croisées et arquées qui ne craquent de nulle part mais se poursuivent continûment à l’infini - ce sont encore les fonds de la mer - et les chevaux, qui naguère parcouraient ces champs, savaient bien au fond d’eux-mêmes qu’ils étaient encore des animaux marins qui labouraient ce paysage et qu’il ne fallait rien bâtir ici qui le contrarie et face obstacle à ces lignes infinies de vie et de mort”.
Pour ceux qui pensent que pour des raisons d’argent, on peut gommer de la carte le mot Picardie parce que rien ne le définirait, qu’ils lisent et regardent la poésie de Pierre Garnier.
Le paysage picard a ses poètes, ses peintres, sa langue : il est poème. Nous sommes heureux de ne pas être fiers, nous n’avons ni hymne, ni drapeau, nous avons la poésie. Manessier en a sacralisé la lumière.
En cela la Picardie est éternelle… Pour ceux qui ne baissent pas les bras face au cynisme, la lumière est partout pour la communion de l’homme et de la nature ; les soleils se cachent dans les intailles, les marais, les blés, l’escargot, la fourmi, la lune, le rossignol, le fleuve Somme, la croix, le pollen, le nénuphar, le colza, les papillons, l’hostie, les tuiles des tchottes moésons d’Sant-Leu, ch’quartier dins l’ieu, calimuchon blotti contre l’cathédrale, poème qui flotte sur le fleuve temps depuis 7 siècles.
Ta poésie est devenue nostalgique et solaire, elle renonce à changer le monde mais devient sa réalité. Lorsque la machine à écrire mit un point d’exclamation au milieu du mot pluie, il se mit à pleuvoir dans le mot pluie. Avec Ilse vous inventiez une nouvelle phrase pour comprendre le monde au plus près de sa tendresse, de son espace courbe. La main dessine un losange qui devient un pêcheur et son reflet dans l’eau. Le trait et l’image rejoignent les mots. Il faudra encore du temps pour que l’on apprivoise cette poèsie simple, démocratique et joyeuse. À son insu, une institutrice invente tous les jours le spatialisme ; elle fait un cercle, met un point au centre : le zéro est fécondé et les enfants voient naître le poème au tableau. Rassurons-nous, la poésie spatiale est douce, pacifiste, elle ne tuera pas l’autre, plus subjective.
L’ami Pierre, tu nous quittes et reposes à la surface, sur la ligne d’horizon, juste en dessous des soleils, flocons l’hiver, papillons l’été, sans oublier les points d’exclamations qui couvriront ce petit cimetière après l’orage.
“Le curé disait :
le paradis c’est là où les citrons sont plus jaunes, l’herbe plus verte
Le poète disait :
le paradis c’est là où est le poème”
Hier, en ouvrant un recueil de Pierre, une petite araignée se mit à courir jusqu’au bord de la page blanche, elle se précipita dans le vide en dessinant une verticale puis s’échappa, infiniment minuscule dans l’immense monde.
Je savais bien que Pierre était un grand chaman picard.
Tes poèmes sont dans l’air, nous les respirons, ils virevoltent dans l’espace, heureux les oiseaux, ils vont vers la lumière.
Salut à toi, et fraternité.
Philippe Leleux, ch’libraire d’Sant-Leu
le 4/2/2014

Philippe Leleux dirige la librairie Le Labyrinthe à Amiens, il anime les éditions du même nom qui s'attachent à dire et montrer la Picardie, avec notamment Jacques Darras Voyage dans la couleur verte, Pierre Garnier Chronique des paysages picards.

Lucien Wasselin

Tombeau de Pierre Garnier

à Saisseval la craie
attendait le poète
les fossiles s'en étaient allés
dans le ciel de février

une étoile se mit à briller
la mer s'ouvrit pour laisser passer Pierre
et le soleil se troua
au-dessus du cimetière de Saisseval

durant une nano-seconde
l'éternité se fit éternelle

le ciel et la terre enfin réconciliés
l'espace-temps enfin tangible
dans Saisseval devenu le centre du monde

 

wasselin

Lucien Wasselin est poète, parmi ses derniers recueils, Stèles lichens (Editinter, 2012) et Poésie-Réalité (Rhubarbe, 2012). Il est aussi chroniqueur et essayiste, a publié de nombreuses notes et critiques en poésie, littérature générale, arts plastiques, musiques... Ses écrits sur Pierre Garnier sont nombreux, dont "Une écriture toujours neuve" en postface de (louanges) (L'herbe qui tremble 2013).

 

André Doms

La tentative de Garnier est une avancée audacieuse, plus mûrie qu’il n’y paraît au premier contact. Il en voit, il en vit la nécessité. Sa recherche d’espaces nouveaux est une des rares chances de renouvellement du poème, puisque la poésie doit, étymologiquement, «se (re)faire» sans cesse à mesure d’homme non pas neuf mais tout de même différent. En ce grand-oeuvre nous sommes tous de connivence, et l’avenir seul dira qui de nous était le prophète et quelle aura été la bonne voie ; pour moi, tous les risques valent d’être courus, du moment qu’ils naissent d’une évidence intérieure. Garnier a raison d’écrire : «Nous prendrons sans doute, avant peu, conscience que toutes nos recherches participaient au même grand souffle cosmique où pour l’instant nous nous perdons». (Marginales, 1964)

Tout juste cinquante années plus tard, Pierre a plus raison que jamais. L’avenir n’a pas imposé de bonne voie et le poète Garnier, qui ne s’est privé d’aucun instrument, a su orchestrer ce qu’il voulait dire. La poésie se refait incessamment et il reste essentiel qu’elle colle à cet homme qui se métamorphose plus vite et ne peut se perdre (de vue ni de vie) dans ses moyens. Nul de nous n’a été ni jamais ne sera le prophète porteur d’une seule vérité qui, par là-même, nous réduirait à l’indigence, à l’injustice, à l’immobilité. Faut-il pas toujours que nous fassions notre (é)preuve d’existence et que nous la transmuions en quelques signes, au risque qu’ils ne soient pas entendus, car toujours plus on les oublie, on les efface, on les interdit – c’est selon l’ordre –et toujours nous survivons, c’est-à-dire que nous vivons encore et davantage, plus intensément, par cette connivence profonde où nous nous reconnaissons. Si aujourd’hui notre coïncidence chronologique avec Pierre s’est achevée, poursuivons ensemble la longue marche de l’être en notre demeure successive. Salut, Pierre !

André Doms, poète, essayiste, a traduit des poètes d'Europe centrale et des Balkans. A publié Sérénade à L'herbe qui tremble.

 

Raymond Godefroy

Le ciel paisible autour de son œil
Le ciel paisible autour de son œil
Le soleil mimosa
Invitait à la promenade

Nous étions une centaine
Nous eûmes les cloches du village
Quelque chose du vieil Angélus
Un chien chanta qui avait mille ans
Un avion blanc Beluga prit la tête du cortège
Il descendait pour reprendre terre

Je ne vis aucun sanglot
Beaucoup de larmes de silence
Il y eut des mots sans douleur

Des gouttes de sang visitèrent la lumière
Les mots le silence le ciel et la paix

La tombe était blanche et profonde
Profonde et blanche
On entendait ici et là
À bientôt à bientôt

Le ciel paisible invitait à la promenade
Au retour à la maison
Avant l’heure bleue et la descente de la nuit


Raymond Godefroy est écrivain et surtout homme de théâtre : metteur en scène, comédien et professeur de théâtre. Il a récemment porté sur scène L'Hécatombe des ormes de Jean-Louis Rambour.

Jean Miniac

1. Oui, je crois

À la longue, tout s'éclaircit d'un jour nouveau. Frapperais-je à la porte, s'il était encore là, à m'attendre, rue Guy-Môquet ? Oui, je crois. Et que lui dirais-je ? J'écouterais ses conseils. Sa paternelle sollicitude, délivrée en phrases courtes, tranchantes. Ai-je toujours suivi ses avis ? Oui, je crois. Et en cette ultime circonstance ?... Pourquoi “ultime” ? Pourquoi ne pas dire : en cette nouvelle circonstance ? Je suivrais aussi ses avis – en cette circonstance-là. Que me dirait-il ? Avez-vous remarqué que c'est toujours la question que nous inspirent les disparus que nous avons aimés ? Il me dirait (de sa bonne grosse voix un peu grasse d'une glèbe noire – comme si elle s'en était frottée en des sillons secrets) : « Jean, tu te fais trop de soucis… » Est-ce vraiment ce qu'il me dirait ? Oui, je crois… Et le ciel… – Quoi, “le ciel” ?... – Le toucherait-il encore du doigt ? (“L'arche du ciel est proche – / on la touche aisément avec les doigts.”) Oui, je crois : cela lui a toujours été facile : il habitait une maison derrière le monde (“J'habite une maison derrière le monde”) – alors pourquoi pas maintenant ? Maintenant – c'est-à dire : tout à l'heure, jamais, toujours, puisque : “Mourir c'est voir plus clair dans le monde”, Maintenant nous ouvrirait la porte – ou plutôt : c'est lui qui ouvrirait la porte de Maintenant et t'accueillerait avec un grand sourire, – ici, rue Guy-Môquet (que tu avais si longtemps rebaptisée “rue Brochant” – “Allez savoir pourquoi !”) ; il l'ouvrirait, donc, – ou plutôt : il l'ouvre, puisque c'est de Maintenant qu'il s'agit…
L'ouvre-t-il ? Maintenant, avec un grand sourire ?
Oui, je crois.

2. 17, rue Brochant

“Si jamais vous le voyez, dites-lui que je pense bien à lui…”
Je me demande à qui je pourrais bien confier cette pensée
concernant l'inconnu de la rue Brochant…
“C'est au 6ème, me dit-il. Porte droite.” C'était également
un 6 janvier – jour de l'Épiphanie ;
“Ne vous trompez pas d'adresse !...” “Aucun risque !...”
“Je suis là pour longtemps !...” Que voulait-il dire
Exactement ? L'aurais-je deviné, tout à l'heure
Tandis que la chanson du 6ème dévalait tout doucement
les escaliers et prenait corps, devant moi
Sur le pas de porte de la rue Brochant, au 17 ?
C'était lui – bien sûr que c'était lui : il y a des fissures dans
le temps – et certains esprits astucieux
En profitent pour répandre la bonne nouvelle de leur présence
Parmi nous – mais pas à n'importe qui… “Vous viendrez ?”
Bien sûr que je viendrai. Et même
Je reviendrai. Comme vous ;
Il est allé chercher du jus de fruit

Jean Miniac est poète, organiste, a traduit des œuvres du latin (saint Jérôme, Prudence, Jacques de Vitry). Ses derniers ouvrages, le recueil de poèmes "Le jour" (Bleu d'Encre Editions); "Et ta main fermera mes yeux" (éd. fondencre), donne le journal imaginé de Jean-Sébastien Bach.

 

 

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